Développé avec Berta.me

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    Un faon et un kokedama

    Le faon est apparu au détour d’un sentier sur le massif de La Barasse, à Marseille, dans un espace préservé par des clôtures fragiles. L'effort de renaturation sur ces collines est la contrepartie payée aux communs par l'usine Pechiney-Aluminium, productrice d'alumine et responsable du déversement de boues rouges sur le site.

    Les boues rouges sont le résidu du processus de raffinage pour produire l'aluminium, et la teneur en fer leur confère leur couleur. Elles sont composées de métaux lourds (arsenic, mercure, fer, titane, silice). 

    Le kokedama est le nom d’une présentation florale japonaise. Un mini arbre est planté dans une sphère de terre entourée de lichens et de mousse. Souvent posé sur une pierre plate, une surface en bois brut. Cette technique japonaise édifie la nature en décoration intérieure, place le paysage au sein de la maison.

    Les lichens sont à la fois des biotopes pour des micro-bactéries, des insectes et des indicateurs de (dé)pollution. La richesse d’un herbier prendra des centaines d’années à se recomposer si l’intervention humaine détruit cet héritage. Les extraire de là où ils sont nécessite l’autorisation du propriétaire.

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    Les limites de l'urbanisation de Marseille peuvent être des lieux d'évasion, de marche, un refuge à la fois infini et temporaire, fait de monts rocheux ou boisés avec la mer parfois proche, parfois miroitante au lointain.

    En ville, en périphérie et hors de la ville, les eaux et les sols y ont des histoires (a)variées, au prisme de l'histoire industrielle et immobilière, des valeurs économiques et écologiques. Ainsi le récit du soin porté à l'oïkos (racine grecque de "éco" qui signifie "maison"), détruit par la bétonisation puis renaturé, restauré rejoint celui de l'habitat indigne, des immeubles détruits et reconstruits, réaménagés. 

    Le regard photographique au loin ou au plus proche de ce que je cotoie, cette série observe par les lieux et paysages, par le prisme du soin porté à ceux-ci (ou son absence), la porosité de nos relations interespèces.